Livre Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs)Hier matin, neuf courageux ont choisi de venir au Club de Lecture – Agile Bordeaux pour partager leurs notes de lecture, leurs avis et leurs questions sur le livre du moment.

Quel plaisir de voir chaque personne avec son exemplaire, plus ou moins abîmé, les pages cornées ou marquées, les notes prises dans la marge ou carrément sur le clavier (Vincent si tu me lis), … Il n’est pas possible de les intervertir, tant nous entretenons un rapport affectif avec l’objet.

Depuis que je participe au Club de Lecture facilité par notre maître de cérémonie Alexis (créatif, agile et ouvert), j’ai changé ma façon de lire les livres et d’en parler : je concentre mon effort de lecture sur le prochain livre (focus) et je repère des passages intéressants à partager (feedback).

Aujourd’hui, il s’agissait du livre « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) – Introduction à la Communication NonViolente » de Marshall Rosenberg. J’avais commencé à lire ce livre le 23 mai 2013 sans réussir à le terminer, tout simplement parce que d’autres livres sont venus s’ajouter à la pile et que le temps passe trop vite. Je l’ai donc terminé le 1er avril 2016, trois ans plus tard… comme un bon single malt, chaque occasion est une dégustation.

Je ne détaillerai pas dans ce billet la richesse des échanges avec Isabel, Léna, Karine, Alexis, Christophe, Benoist, Patrick, Vincent, Chacal et Girafe. Je vais juste reprendre un passage partagé en groupe :

Dans notre langage, il existe un mot qui possède un pouvoir énorme pour engendrer la honte et la culpabilité. Ce mot violent, dont nous nous servons habituellement pour nous évaluer, est ancré si profondément dans notre conscience que beaucoup d’entre nous auraient bien du mal à s’en passer. Il s’agit du verbe « devoir », dans des expressions comme « j’aurais dû savoir » ou « je n’aurais pas dû faire cela ». La plupart du temps, lorsque nous utilisons ce terme vis-à-vis de nous-mêmes, nous refusons d’apprendre parce que « devoir » implique que nous n’avons pas le choix. M. Rosenberg, ibid., pp. 165-166.

Ce texte m’a rappelé la Carte du contexte et du discours qui fait suite aux travaux de Amanda Redstone, Anette Holmgren et Sarah Walther.

En coaching narratif, nous explorons comment accompagner la personne dans son cheminement du « Je devrais (I should) du discours » vers « Je pourrais (I Could) de la vie ». Nous considérons que les problèmes fonctionnent sur des principes de prescriptions sociales, des promesses implicites, … bref un certain nombre d’histoires qui expliquent à la personne comment elle devrait être, qui lui fournissent la liste de ce qu’elle doit faire pour être honorable.

Ces histoires entretiennent à l’intérieur de la personne un ensemble de juges, qui lui suggèrent / susurrent des modèles sociaux dominants à laquelle elle doit se conformer tous les jours, dans la vie professionnelle et personnelle : « Il faut », « Il faudrait », « Je dois », « Je devrais », … à croire qu’elle aime vivre dans une cellule de prison dont elle connaît les 9 m2 et où la porte est ouverte.

C’est le moment de parler des sociétés panoptiques de Michel Foucault : le pouvoir classique est une discipline externalisée (château, armée, clergé, …) alors que le pouvoir moderne est internalisée : la personne est son propre gendarme, elle n’est plus capable d’en prendre conscience, d’autant plus que nos traditions d’éducation l’ont form(at)ée depuis la petite enfance.

Ce point avait d’ailleurs été abordé plus longuement lors du Club de Lecture de la Communauté de Pratiques Narratives, le 20 avril 2015. Michael White, cofondateur de la thérapie narrative avec David Epston, tous deux travailleurs sociaux respectivement australien et néo-zélandais, aidaient les personnes à prendre conscience qu’elles pouvaient être actrices / auteures de leur vie tout en respectant leurs espoirs différents, à interroger la pensée dominante « Je dois » et à soutenir une possible pensée minoritaire, une possible identité préférée « Je choisis ». Ce positionnement politique / militant fait partie intégrante de la posture du coach narratif qui se met au service des voix minoritaires .

Ils en parlent aussi : Chris Deniaud, Alexis Monville