Oui, c’est comme cela que j’ai décidé de réécrire le mot « Thérapie ». Dans le coaching, on insiste beaucoup sur la différence avec la thérapie. On en vient même à formuler des interdits, voire même à se limiter dans l’acte de coacher. Je souhaite vous faire quelques retours d’expérience dans ce billet.

Le meilleur moyen de comprendre ce qu’est la thérapie, c’est encore d’y aller et de rencontrer un professionnel :

  • 1er contact : en octobre 2012, lors de mon D.U. Coaching à l’IAE de Bordeaux, nous étions 16 et nous nous entraînions entre nous pour former une bulle de coaching, l’un jouant le coach et l’autre le coaché. Nous avons fait ça toute l’année universitaire. Et oui, dans cette formation, la matière c’est vous, donc il faut accepter de prêter son corps à la science. D’ailleurs, quel coach seriez-vous si vous n’étiez pas vous-même préalablement entré dans un processus de changement personnel ? Bref, cette première bulle, je l’ai faite avec une thérapeute, je ne le savais pas à ce moment-là, et il s’est passé quelque chose de magnifique, elle a posé une question. Cette question avait la forme d’une clef, et cette clef a ouvert la serrure d’un cadenas rouillé qui condamnait un chapitre de ma vie. Bon, lorsque j’ai parcouru les pages jaunies, il y avait un peu de poussière, mais j’y ai vu une lueur d’espoir.
  • 2è contact : lorsque j’ai fait la formation de coaching, on nous a conseillé de trouver des lieux de ressources. On nous a également précisé que la thérapie en était un, un lieu où nous pouvons éclairer nos zones d’ombre, dans lesquelles nous avons refoulé des choses que nous n’assumons pas sur nous-même, que nous avons peur de regarder, un gouffre dans lequel il vaut mieux descendre en rappel, bien assis dans son baudrier, accompagné d’un spéléologue confirmé. En janvier 2013, Je suis allé en thérapie avec un faux problème (« je souhaiterais parler de mon désir d’être coach »), et au bout d’1/2 heure, je parlais de moi et de bien d’autres choses. Ma thérapie a duré 6 mois, c’est court, mais ça a contribué à mieux me connaître, donc à mon épanouissement, donc à une meilleure pratique de la relation aux autres. Cela m’a également permis de rencontrer et voir une thérapeute en action, spécialisée dans les TCC (thérapies comportementales et cognitives), ce qui est aussi un moyen de se former au passage. C’est même une adresse que vous pouvez conseiller à votre client s’il vous le demande.

Depuis, j’ai eu l’occasion de rencontrer des personnes du coaching, de la thérapie, de la médiation, du médical, du travail social, … et cela m’a complètement décoincé et décomplexé par rapport à la thérapie.

Je vais vous résumer ça en 4P :

Pleurer :
Certains coachs vous disent que lorsque le client se met à pleurer, ils vont chercher un paquet de mouchoirs et interrompent la séance de coaching : « je ne fais pas de thérapie ». Rappelez-vous, l’émotion est souvent un chant d’amour vibrant pour une valeur. Faites-en quelque chose. En tout cas, ne laissez pas votre client dans cet état, gérez correctement l’atterrissage de la séance.

Certains coachs vous disent également que vous ne devez pas pleurer en tant que coach, c’est une faute professionnel. En parlant de professionnel, je vais reprendre la définition du coach par Pierre Blanc-Sahnoun, c’est un humain professionnel. Le premier mot est « humain », ça vous parle ? Vous êtes coach, vous ressentez une émotion, acceptez-la et faites en quelque chose pendant la séance au lieu de faire semblant d’essuyer une poussière dans votre oeil tout en pensant « danger, contre-transfert en cours ! ».

Passé :
Certains coachs vous disent de ne pas poser de questions sur le passé : « le passé, c’est de la thérapie ». Donc, vous y allez prudemment avec vos questions portant sur des moments d’exception par exemple. Mais imaginons que vous coachez un manager pour un « problème de confiance en soi ». Au bout d’un moment, vous l’entendez dire qu’il pense être un perdant dans la vie. Et puis, soudain, il vous dit que son père le lui disait déjà quand il avait 10 ans. Vous faites quoi ? vous faites semblant de ne pas avoir entendu et vous passez à autre chose ? vous lui répondez que vous ne faites pas de coaching de vie ou de thérapie et vous passez à autre chose ?  bref, vous décidez de faire ce pourquoi on vous paye, c’est-à-dire faire un coaching de manager sur un « problème de confiance en soi ». Vous décidez donc de traiter les effets du problème et non pas le problème. C’est être un coach peu courageux. Si c’est votre limite actuelle, dites-le à votre client et conseillez lui un autre coach ou un thérapeute, mais ne vous réfugiez pas dans le « je parle uniquement au présent et au futur et je pense qu’il n’y pas de lien entre le professionnel et le personnel ».

Pourquoi :
Certains coachs vous disent de ne pas poser de questions commençant par « Pourquoi ». En le faisant, vous investiguez dans le passé (cf. point précédent) et/ou vous demandez à votre client de se justifier. J’ai déjà écrit sur ce sujet dans un billet précédent : Pourquoi… faire ? Au lieu d’être tétanisé, osez le pourquoi en ayant toujours en tête l’intention pour laquelle vous l’utilisez, et dites-le à votre client, vous avez besoin de comprendre le contexte pour l’aider. 

Posture :
Effectivement, la posture thérapeutique a été traditionnellement une posture centrée, celle de l’expert qui détient les réponses et qui pose un « diagnostic » sur son client. En le faisant, il confisquait d’emblée toute sagesse de vie à son client… une mise en situation somme toute assez pathologique qui empêchait de se reconnecter aux compétences de la personne. Les thérapeutes que je connais ne font pas/plus ça. La tradition d’expertise a été oublié. Ils adoptent une posture décentrée, autrement dit le centre est occupé par la vie du client. Ils développent une curiosité sincère, émerveillée et bienveillante pour l’histoire de leurs clients. Et ils transforment cette curiosité en questions.

Tout ça finalement, c’est pour rendre heureux nos clients, sur une Terre Happy 🙂

Source de l’image : Coaching vs Thérapie