Je suis Coach Narratif. J’ai été formé à La Fabrique Narrative par Pierre Blanc-Sahnoun, Elizabeth Feld et Dina Scherrer : 12 jours d’initiation en 2013, 10 jours d’approfondissement en 2014, 8 jours de supervision et de master class avec David Epston et Jill Freedman. La quantité n’est pas gage de qualité, mais elle vous prouve a minima mon intérêt, mon investissement, personnel et financier, ainsi que le niveau de soutien et de confiance exceptionnels dont je dispose chez Ayeba de la part de Isabel et Alexis.

Bref, me voilà trois ans plus tard en train de vous parler des Pratiques Narratives. Pourquoi ? Cela fait plusieurs fois que l’on entremêle les mots Storytelling et Narrative dans les discussions passionnantes que nous avons dans les différents rendez-vous de la communauté Agile. Techniquement, c’est équivalent puisque cela revient à développer des techniques de narration (ou technique du récit) pour trouver un public. On parle même de narratologie, pour étudier ces structures et techniques narratives, et on retombe souvent sur le classique schéma actanciel.

Concernant le Storytelling, j’aime bien la tentative de traduction sous forme de jeu de mots « conte de faits », son utilisation est depuis longtemps associée à la recherche de performance du récit dans des activités comme la communication, la publicité, le marketing, la politique, … donc finalement « vendre » un message et son produit associé. Il s’agit d’un détournement qui peut dans certains cas poser une question éthique. Si l’on se contente de l’utiliser en tant qu’icebreaker, j’ai déjà vu Isabel « connecter » et « énergiser » des participants à un séminaire avec un bon jeu de Story Cubes #noroyalties. Si l’on se contente de l’utiliser en rétrospective, je l’ai déjà utilisé lors d’un tour de table pour que l’équipe me raconte l’histoire du dernier sprint, version Donjons et Dragons. Et je suppose que nous invitons au storytelling lorsque nous demandons à un entrepreneur de pitcher son business model canvas ou à un Product Owner de pitcher sa vision produit.

Je n’en dirai pas plus sur le Storytelling. Nous y sommes suffisamment sensibilisés même si l’entreprise le sous-utilise en confondant la carte et le territoire : l’organigramme n’a jamais raconté comment les employés s’organisaient dans la réalité pour travailler, une liste à la Prévert de valeurs n’a jamais fait vibrer un employé, … et un X n’a jamais marqué l’emplacement d’un trésor, comme dirait Indiana Jones.

Mais c’est quoi la différence avec les Pratiques Narratives ?

Les Pratiques Narratives, initialement les Thérapies Narratives, sont nées dans deux pays de colonisation, en Australie et en Nouvelle-Zélande, sous l’impulsion respective de Michael White, un travailleur social autodidacte, et de David Epston, un psychothérapeute familial.

Dans les Pratiques Narratives, l’individu n’existe pas, c’est une idée. On s’intéresse donc aux relations entre les personnes et les histoires qui les entourent, car nous nous promenons dans une forêt d’histoires, des histoires préférées et des histoires pas terribles de problèmes. Le principe de base des Pratiques Narratives est d’épaissir les histoires préférées. Cela passe par l’externalisation des histoires dominantes de problèmes.

La personne n’est pas le problème, le problème n’est pas la personne. Capito ?

Une fois fabriquées, les histoires ont le pouvoir de nous influencer. Car ce sont les histoires qui nous racontent et pas le contraire. Notre vie étant construite comme un texte, nous en venons à confondre le récit avec notre vie. Ces entités narratives recrutent même nos proches qui deviennent des soldats, de vaillants propagateurs de ces histoires. Il y a donc une compétition infernale entre des tas d’histoires qui disent « Je suis la Vérité ! ». L’histoire qui est la plus forte devient l’histoire dominante et va se mettre à définir la personne, son identité.

Qui touche les droits d’auteur de cette histoire dominante ? La personne, donc le narrateur, ou quelqu’un d’autre ? Est-ce une histoire préférée, donc une identité préférée ? ou au contraire une histoire dominante de problème, donc une histoire qui enferme l’identité dans le problème ?

Dans une vision narrative du monde, chaque personne est dotée d’une ingénierie narrative personnelle et a le pouvoir de transformer sa tragédie en roman, appelez ça le changement si vous voulez. La personne est donc un narrateur avec qui le praticien narratif travaille en la reconnectant à ses compétences et forces de vie. Le praticien narratif devient son premier public, son agent littéraire, un scribe documentaliste de ce que dit la personne. La restitution peut se faire sous forme poétique, musicale, … pour aider à épaissir une histoire préférée qui soit la plus riche possible. Les techniques de Storytelling peuvent alors être un outil intéressant, vous voyez la différence ?

Vous trouverez un exemple dans l’ouvrage collectif Rupture Douce Saison 03 de Laurent Sarrazin, dans lequel j’évoque l’identité préférée du leader et de son équipe : « Ensemble, nous résisterons aux tempêtes ».

Source de l’image : Sept étapes pour une histoire parfaite
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