Je suis un fervent partisan de la mise en place de communautés de pratiques au sein des entreprises. A ce stade, on peut parler de communautés d’apprentissage dans lesquelles les membres partagent l’objectif d’apprendre au quotidien, d’apprendre des autres, d’apprendre sur soi, d’apprendre sur l’objet qui les rassemble. En narrative, on dirait que la communauté de pratiques est une communauté de personnes reliées par des histoires autour d’une thématique donnée, donc un projet identitaire en constante négociation. Les échanges entre les membres pour développer un sens commun à donner à leurs actions sont source d’apprentissage : participer signifie qu’apprendre et faire sont une seule et même chose.

Les relations au sein de la communauté de pratiques sont fondées sur la réciprocité, la confiance et l’ouverture, de bien belles valeurs qui contribuent au renforcement du lien social. Les membres se sentent responsables les uns des autres. Savoir aider et se faire aider devient plus important que le fait d’être capable de répondre soi-même à toutes les questions.

La communauté de pratiques tolère différents niveaux de participation : tous les membres de la communauté n’ont pas le même niveau d’engagement, et la participation peut évoluer dans le temps en fonction de l’engagement. Lors de l’entrée dans la communauté, la participation peut être périphérique et devenir plus active au fur et à mesure que le membre s’implique, participe et gagne de l’expérience dans la pratique. Plutôt que de forcer la participation, les communautés vivantes « construisent des bancs » pour ceux qui restent en périphérie, une zone dans laquelle on cherche à favoriser les interactions et le renforcement des contacts avec le noyau de la communauté.

Récemment, j’ai pu vérifier que le banc pouvait être activement passif en s’appuyant sur la Directive Première de l’univers de fiction de Star Trek. Souvenez-vous, je vous en avais parlé dans ce billet :

« La Fédération des Planètes Unies n’est pas supposée interférer dans le développement des autres espèces de l’univers tant que celles-ci ne sont pas parvenues par leurs propres moyens à voyager plus rapidement que la lumière. Et même alors, la Fédération n’interviendra qu’à la demande expresse des peuples concernés ».

Et bien, chez un client, au sein d’une communauté de pratiques de Product Owners, lors d’un tour de parole, plusieurs membres m’ont expliqué ne pas se sentir prêts à présenter l’organisation de leurs équipes respectives de peur d’influencer ou de biaiser l’expérience des autres, presqu’une mesure de précaution écologique pour ne pas interférer dans leur développement. Sur le coup, ça m’a fait rire de me prendre en boomerang la Directive Première de l’univers Star Trek, et j’en ai parlé. Le soir même je leur ai transmis l’image ci-dessus que vous connaissez sans doute (lien), et que j’ai adaptée.

Le ridicule de la situation décrite ici a sans doute permis de débloquer les tensions et de détendre l’atmosphère lors de la réunion suivante. En tout cas, nous n’en avons plus jamais reparler et chacun contribue depuis à cette communauté de pratiques avec le sourire. L’humour est une compétence bien utile pour le coach’agile au service de ces communautés, il surprend, déstabilise, prend à contre-pied et contourne les histoires de problème qui se prennent un peu trop au sérieux sur le terrain de l’entreprise.