star_trek_prime_directiveC’est venu spontanément, en repensant aux discussions que j’avais avec des agents du changement (ScrumMasters, Coach Agile, Chefs de projet amélioration continue, …) qui essayent de rendre agile le client… pour son bien… et qui rejette ensuite le client lorsqu’il ne joue pas le jeu… le client n’est pas assez agile pour eux ! Faut-il rappeler que nous avons une responsabilité sur les moyens mis en oeuvre pour réussir l’accompagnement du client, mais en aucun cas sur les résultats ? #pasmagicien #pasgourou

Je pense que tous les agilistes connaissent la Directive Première de la Rétrospective publiée par Norman Kerth en 2001 :

« Indépendamment de ce que nous découvrons, nous comprenons et nous croyons sincèrement que chacun a fait du mieux qu’il pouvait, compte tenu de ce qu’il savait à l’époque, de ses compétences et de ses prérogatives, des ressources disponibles et de la situation du moment. À la fin d’un projet, tout le monde en sait tellement plus. Bien sûr, nous allons découvrir des décisions et des actions pour lesquelles nous aurions souhaité en faire plus. C’est un grand moment de sagesse à célébrer ensemble, et non pour porter des jugements et mettre dans l’embarras. »

Traduction en français : retroPrimeDirective-fr

Je rappelle cette Directive Première – je l’affiche même lorsque c’est possible – lors du début de la rétrospective (phase « set the stage »), ce qui permet de poser le cadre de l’atelier, autrement dit, participer à créer un environnement où chaque participant est invité à exprimer en toute sécurité ses sentiments et ses inquiétudes.

Cette expression « Directive Première » est en fait un magnifique clin d’œil à la Directive Première tirée de l’univers de fiction de Star Trek, qui se réfère au « principe de quarantaine galactique » énoncé par Michael Papagiannis en juin 1984, qui lui-même se réfère à « l’hypothèse du zoo » de John Ball en juillet 1973, qui elle-même se réfère au paradoxe de Fermi pendant l’été 1950 : « Si les extra-terrestres existent, où sont-ils donc ? ». Selon cette directive, « la Fédération des Planètes Unies n’est pas supposée interférer dans le développement des autres espèces de l’univers tant que celles-ci ne sont pas parvenues par leurs propres moyens à voyager plus rapidement que la « lumière ». Et même alors, la Fédération n’interviendra qu’à la demande expresse des peuples concernés. » À ce premier principe, la série a ajouté au fil des épisodes le concept de « Directive Première Temporelle », qui consiste à ne pas modifier le passé ni à tirer profit d’une éventuelle connaissance du futur.

Finalement, je constate que je fais beaucoup plus souvent usage de la version SciFi de la Directive Première lorsque je fais un « Trek » chez un client. Je m’explique. J’accompagne une entreprise et c’est sa vie qui est au centre, pas la mienne. La « Star », c’est le client, pas moi. Je ne projette pas mon cadre de référence, mes croyances, mes valeurs, mes phobies sur le client, j’essaye de rester conscient que mon accompagnement ne consiste pas à avoir des projets « sur » le client, mais d’œuvrer « pour » le client. Je ne suis pas un prêcheur qui va « sauver » le client en le guidant dans un pèlerinage vers l’Agilité… même si ça me passionne. Jusqu’à de plus amples informations, la raison sociale du client n’est pas l’Agilité… ou c’est moi l’extra-terrestre !

Lorsque j’accompagne le client, je considère que les individus sont acteurs (auteurs) de leur changement, ils ne le « subissent » pas… le rythme de ce changement est défini par les acteurs, qu’est-ce qui me ferait dire qu’ils ne vont pas assez vite à mon goût ? est-ce que je ne serais pas tenter de faire à leur place ou de vouloir les faire progresser trop vite (ou trop lentement) vers la « lumière » ? pour leur bien… ou pour le mien ?

De même, lorsque je vois le client faire un choix et que je me doute que le résultat ne sera pas terrible, mon relatif (et illusoire) pouvoir de divination (« je connais le chemin ») n’empêche-t-il pas le client de réaliser empiriquement son apprentissage ? est-il préférable de donner des « solutions » comme s’il s’agissait d’une « méthode » ou une « théorie » ? ou de respecter les choix du client, après tout, son chemin est… son chemin ? Vous savez quoi, la plupart du temps, je suis surpris et béat d’admiration de la créativité et des compétences que mon client met en oeuvre…

Comme quoi, une Directive Première peut en cacher une autre 😉